Ouverture des "restos du coeur": Le programme européen d'aide alimentaire, dont bénéficiaient 18 millions d'Européens, sera supprimé dès l'an prochain
Publié le 24 Novembre 2013
Les Restos du Coeur lancent lundi leur campagne hivernale (PRESENTATION)
Par Cécile AZZARO
PARIS, 22 nov 2013 (AFP) - Les Restos du Coeur, qui lancent lundi leur 29e
campagne hivernale, s'attendent à nouveau à une hausse du nombre des
bénéficiaires et veulent trouver de nouvelles sources d'approvisionnement,
réclamant la défiscalisation des dons agricoles.
A partir de cette date, les 2.070 centres d'accueil vont ouvrir leurs
portes quotidiennement ou au moins deux fois par semaine, jusqu'à fin mars,
pour offrir des paniers repas à ceux qui se sont préalablement inscrits.
Après 960.000 personnes aidées et 130 millions de repas servis lors de
l'hiver 2012-2013, l'association créée par Coluche en 1985 a la
"quasi-certitude" que le seuil symbolique du million de bénéficiaires sera
atteint.
La situation socio-économique ne laisse que peu d'espoir d'une
amélioration, explique à l'AFP son président, Olivier Berthe, rappelant que
57% des bénéficiaires sont demandeurs d'emploi. "Ils viennent un an, un an et
demi après avoir perdu leur emploi, quand les allocations chômage sont en
baisse."
"La reprise économique n'étant pas là, cette tendance, on va la vivre
encore pendant deux à trois ans", analyse le président des Restos. Selon lui,
"les 66.000 bénévoles sont tous les jours face à des hommes, des femmes et des
enfants en extrême difficulté".
Pour faire face, la recherche de financement est une priorité, d'autant que
les aides publiques, notamment européennes, ont été réduites dans le budget
2014-2020 de l'UE.
Le programme européen d'aide alimentaire, dont bénéficiaient 18 millions
d'Européens, sera supprimé dès l'an prochain. Cette aide s'inscrira désormais
dans le Fonds européen d'aide alimentaire, abondé de 3,5 milliards d'euros,
bien en deçà des besoins, selon les Restos qui en bénéficient avec les Banques
alimentaires, le Secours populaire et la Croix-Rouge.
"A fin novembre, nous n'avons toujours pas officiellement l'annonce du
budget européen qu'on nous donnera en 2014. Mais on nous annonce
officieusement autour de 70 millions d'euros (pour les quatre associations),
en baisse de 10% par rapport aux aides antérieures", souligne M. Berthe.
Les subventions publiques représentent 30% du budget des Restos, le reste
venant de la générosité du public (dons et legs, ventes des CD et DVD des
Enfoirés).
Dons toujours en hausse
Pour le moment, les dons des particuliers "sont toujours en hausse", mais
"un jour ce ne sera plus le cas", prévient le président des Restos.
Alors l'association veut développer les dons en nature. "Il est urgent de
voter une loi qui permette de mettre en place une incitation fiscale à la
filière agricole, d'élargir à ce secteur la loi Coluche" qui accorde aux
particuliers une réduction d'impôt quand ils font un don, insiste M. Berthe.
Autre cheval de bataille: lutter contre le gaspillage, en intensifiant les
collectes et récupération de produits proches de la date de péremption auprès
des grandes surfaces, entreprises agro-alimentaires et marchés. Déjà le quart
des produits distribués proviennent de cette source.
"Cela ne se fait jamais au détriment des règles de sécurité et d'hygiène",
assure Olivier Berthe. Les Restos avaient été très exigeants en matière de
sécurité sanitaire lors de l'affaire Spanghero, quand des plats cuisinés
contenant de la viande de cheval et faussement étiquetés viande de boeuf leur
avaient été proposés. Au final, les Restos n'en ont récupéré qu'une petite
quantité.
Dès lundi, les bénéficiaires vont retrouver dans tous les centres la
célèbre photo noir et blanc de Coluche, appuyé sur les coudes, bras croisés,
léger sourire aux lèvres. Durant l'été, un conflit avec l'auteur du cliché,
Gaston Bergeret, avait contraint les centres à retirer la photographie.
Depuis, un accord a été trouvé et l'emblème des Restos a été réinstallé
partout. Coluche peut à veiller sur ses protégés.
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