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A Bordeau...

Publié le par collectif 76 des salaries du social et médicosoci

La veille hivernale commence aujourd'hui

Des places d'hébergement d'urgence vont ouvrir, en particulier au centre Trégey à Bordeaux||Contre l'avis des associations, l'administration entend donner la priorité de l'hébergement aux personnes en situation régulière.

( archives f. cottereau)
Le centre Trégey est devenu un lieu stratégique dans le dispositif « grand froid ».
  La date est désormais aussi rituelle que la Toussaint. Tous les 1er novembre, les services préfectoraux activent la veille hivernale, censée dégager des logements d'urgence pour les sans-abri à l'amorce des grands froids. La fraîcheur des récentes nuits et matinées a démontré que la mesure n'était pas superflue. On a même déploré des morts en dehors du département.

Le préfet Michel Delpuech présentera le 21 novembre prochain les détails d'un plan qui, pour l'essentiel, ressemblera comme un frère jumeau aux précédents. Par exemple, le partenariat avec Météo France, permettant d'anticiper trois jours avant l'arrivée d'une vague de froid, sera reconduit.

Capacité d'accueil en baisse

Il reste cependant qu'en Gironde, les capacités d'accueil ont été diminuées en un an. Selon Michel Blanchard, qui dirige l'Observatoire des précarités au Conseil général, elles sont passées de 484 à 455 places, en raison surtout des travaux du foyer Leydet, à Bordeaux. Ceux-ci ont amélioré mais aussi réduit l'hébergement d'urgence dans la CUB. D'où une manifestation d'associations et de certains partis politiques devant la Direction départementale de la cohésion sociale hier matin (lire ci-dessous).

Pourtant, des améliorations sont en cours. L'Etat a ainsi dégagé 50 millions pour l'hébergement d'urgence, soit une augmentation de 13 %. Les 10 et 11 décembre, une conférence sur la pauvreté et l'exclusion sociale sera organisée. La ministre du Logement Cécile Duflot a confirmé hier sur RTL qu'elle envisageait de réquisitionner des immeubles vides appartenant à des propriétaires privés « pour héberger des personnes sans toit ou mal logées ». Des déclarations d'intention qui laissent sceptiques les associations, qui espèrent des actes rapides.

Mais les acteurs de l'urgence sociale en Gironde n'ont pas attendu que la lourde machine administrative se mette en route. En partenariat avec le 115, le Prado et le CAIO (1), Philippe Rix, responsable du Diaconat, va ouvrir demain vendredi le centre Trégey à Bordeaux-Bastide pour la troisième année consécutive après l'avoir fermé le 31 mars dernier. Soixante places vont être immédiatement disponibles sous la responsabilité d'une quinzaine de salariés et d'une quarantaine de bénévoles. Les mairies de Bordeaux et de Mérignac financeront la restauration. Le centre se caractérise par la volonté d'accompagner socialement les personnes hébergées en principe à titre temporaire.

Entretiens particuliers

« Chaque année, on améliore le dispositif, indique Philippe Rix. L'équipe sociale est plus importante et on travaille particulièrement sur l'accueil. Chaque personne reçue fait l'objet d'un entretien particulier, toujours dans l'optique de sortir de la précarité. »

Mais Philippe Rix ajoute qu'il a parfois fallu deux hivers pour trouver une solution à certaines situations. « On va sûrement revoir des gens connus, même si c'est toujours difficile de savoir à l'avance qui va venir à Trégey. Ainsi, l'an dernier, on a eu plus de jeunes femmes que l'année précédente. »

Précisément, dans le dispositif nouveau figure un lot de dix logements réservés à des familles avec enfants, afin de les soustraire à la promiscuité du centre Trégey. Ces appartements ont été mis à disposition par la société Coligny à La Bastide. C'est, selon Philippe Rix, ce type de structures pérennes qui manquent le plus en Gironde.

La reconduction du centre Tregey, qui répondait il y a trois ans à une urgence supposée conjoncturelle (la Région avait aussi participé au dispositif), montre que le provisoire dure. Un signe : il ouvrira un mois de plus, jusqu'au 30 avril 2013. Cette prolongation correspond à une réalité des besoins, comme on l'a vu cette année.

(1) Centre d'accueil, d'information et d'orientation pour les personnes en errance.

« Nous ne voulons pas faire le tri »

Comme on pouvait le supposer, les associations spécialisées dans l'accueil des sans-abri n'ont pas été plus amadouées par les récentes mesures gouvernementales que les partis situés à la gauche du PS et certains syndicats. C'est ainsi que le NPA, la Fase (Fédération pour une alternative sociale et écologique) et le Parti de gauche ont été rejoints par Agir contre le chômage, la FSU, Sud, le SNU (syndicat des assistants sociaux) et Solidaires pour manifester hier matin devant la Direction départementale de la cohésion sociale (Ddass).

La directrice Paule Lagrasta a reçu une délégation venue lui présenter une sorte de cahier de doléances. La réduction du centre d'accueil Leydet (88 places supprimées) et la fermeture du foyer Noutary, géré par le Samu social, étaient au cœur des protestations. Avec l'augmentation du nombre de sans-abri en Gironde, ces restrictions ne peuvent qu'aggraver la situation de personnes déjà fortement lésées par l'incapacité du 115 à répondre à la demande chaque jour, rappellent les associations.

« Mme Lagrasta nous a répondu que la priorité de l'hébergement serait réservée aux personnes en situation régulière, mais nous n'avons pas envie de faire le tri, sachant que chaque nuit, plusieurs personnes, parfois avec enfants, sont contraintes de dormir dans la rue », insiste Thierry Baudry, délégué Sud.

Les manifestants estiment que 60 % des personnes vivant dans la rue bénéficient d'un droit à l'accompagnement social, ce qui en laisse 40 % sur le carreau. Constat qui ne constitue pas selon eux une volonté politique d'insertion et d'hébergement. « Il manque toujours ces structures intermédiaires entre l'hébergement d'urgence et le logement autonome. »

H. M.

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